Chapitre 1 : Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ?

8 janvier 2021
in Science économique
Terminale

INTRODUCTION : Qu’est-ce que la croissance économique et comment la mesure-t-on ?

Croissance économique : Augmentation durable et soutenue du niveau de production d’une économie

On mesure la croissance économique par l’augmentation du PIB en volume (production marchande= somme des valeurs ajoutées=CA -CI  et production non marchande= coûts de production des administrations publiques). 

Le PIB ne mesure pas (ou mesure mal) le bien-être, la qualité de vie, les activités non marchandes,…Il faut utiliser l’IDH pour mesurer le niveau de développement d’un pays à partir du PIB /h, de l’espérance de vie et du niveau d’éducation

  1. Quelles sont les sources de la croissance économique ?
  2. L’accumulation du facteur travail et du facteur capital est source de croissance économique

La 1ère source de croissance est l’accumulation des facteurs de production (facteur travail et capital). 

Facteurs de production = ressources utilisées dans la production des B&S

Il y a accumulation de travail lorsque le nombre de salariés augmente ou le nombre d’heures de travail. L’augmentation du facteur travail est source de croissance économique car comme le travail est facteur de production, lorsque sa quantité augmente, cela permet de produire plus.

Il y a accumulation de capital, lorsque les entreprises achètent du capital fixe (ou capital technique) que sont les machines, les bâtiments ou les terrains, c’est-à-dire quand les entreprises investissent. L’investissement est facteur de croissance car il agit sur l’offre de biens et services : plus de capital fixe va permettre aux entreprises d’augmenter leur production. L’investissement est facteur de croissance car il agit sur la demande de biens et services : l’investissement est un des composants de la demande (D=C+I). Keynes a montré qu’une hausse de l’investissement entraîne une hausse plus que proportionnelle de la demande, c’est l’effet multiplicateur.

 

Mais on peut aussi améliorer la productivité, donc l’efficacité des facteurs de production, c’est la seconde source de croissance.

  1. L’accroissement de la productivité est source de croissance économique

Productivité: Mesure de l’efficacité du processus de production, la productivité compare une production aux facteurs de production mis en œuvre pour l’obtenir.

Productivité globale des facteurs : Indicateur qui mesure la croissance de la production qui ne provient pas de la croissance du volume des facteurs de production (donc indicateur de mesure du progrès technique).

La productivité se mesure en faisant le rapport de la production avec la quantité des facteurs de production utilisés. (productivité en volume/ en valeur, horaire/par tête, du capital/ du travail)

La productivité globale des facteurs fait le rapport entre la VA et le coût du travail et du capital utilisé.

L'accroissement de la PGF est source de croissance économique car:

-elle permet d'augmenter la production avec les mêmes facteurs de production

-OU elle permet de produire autant avec moins de facteurs de production

-OU avec des facteurs de production qui coûtent moins chers

CONCLUSION DU 1.

Les sources de la croissance économique sont:

  • l'accumulation du travail
  • l'accumulation du capital
  • l'accroissement de la productivité

2. Comment le progrès technique favorise t’il la croissance économique ?

2.1 Le progrès technique fait augmenter la PGF 

 

Progrès technique (PT) = ensemble des améliorations apportées aux façons de produire (innovations de procédé + innovations organisationnelles), et aux produits (innovations de produit).

 

On peut distinguer 3 types d’innovation :

-L’innovation organisationnelle ◊ elle concerne l’organisation du travail (taylorisme, open space)

-L’innovation de procédés ◊ elle concerne de nouveaux procédés de fabrication d’un bien ou d’un service (ex. vente en ligne, un nouveau traitement médical,)

-L’innovation de produit elle concerne la création ou l'amélioration de nouveaux biens ou services (ex la voiture hybride.

 

L'innovation est une application commerciale réussie d'une invention qui provient de la recherche développement

 

Le progrès technique est source de croissance car il fait augmenter la productivité (la PGF) : on dit qu'il permet des gains de productivité.

Par exemple, si une entreprise achète une machine plus performante ou si elle a un salarié plus performant cela fait augmenter sa productivité, de même si elle met en place une meilleure organisation du travail ou découvre une innovation de procédés.

 

Les gains de productivité sont facteurs de croissance car si l'entreprise produit plus avec des facteurs de production moins chers, cela permet à l'entreprise

- soit de baisser ses prix de vente,

- soit d'augmenter ses salaires, 

ce qui fera augmenter la consommation donc la production. 

-Ou l'entreprise peut augmenter ses bénéfices, 

-elle versera ainsi plus d'impôts à l'Etat. 

Cela fera augmenter l'investissement privé et public, donc la production.

 

2.3 Le progrès technique est endogène

 

Cela signifie que le progrès technique est "interne " à la croissance économique, qu'il provient de la croissance économique. Il provient d'investissements qui sont d'autant plus importants que la croissance économique est forte et il va créer à son tour de la croissance économique.

Il peut s'agir d'investissement dans le capital technique comme l'achat d'une machine plus performante, mais aussi d'un investissement dans le capital humain par une meilleure formation des salariés ou d'un investissement en capital public par la construction de meilleures infrastructures.

2.3 Les institutions favorisent l’innovation et la croissance économique

L’instauration et le maintien d’institutions démocratiques assure un environnement favorable aux échanges marchands, aux investissements et aux innovations.

Les institutions peuvent contribuer à fournir un cadre favorable au progrès technique et aux innovations. Elles garantissent des lois justes et la stabilité politique.

Institutions : Ensemble des règles et organisations, formelles ou informelles, qui structurent les relations économiques et sociales dans un pays (ex : le droit de propriété, les brevets, le système éducatif, les politiques publiques de soutien à la recherche et au développement…) 

-elles peuvent fournir aux entreprises des infrastructures et des services publics qui auront des effets externes positifs

-elles peuvent encourager le progrès technique en aidant la recherche-développement (publique, privée)

-elles peuvent instituer des droits de propriété (droit de disposer d’un actif et de ses revenus): 

En particulier, le brevet qui est un droit de propriété, protège les innovations (de produit ou de procédé) : sans brevets, les entrepreneurs n’innoveraient pas, car n’importe quelle autre entreprise pourrait à son tour utiliser l’innovation sans avoir à en supporter les coûts. Comme l’innovation est source de croissance économique, les brevets sont un exemple de règles entraînant de bonnes incitations.

Droits de propriété : Ensemble des normes juridiques qui permettent de déterminer qui a le droit d’utiliser un bien, d'en recueillir les fruits (récolte, loyer, revenus), et d'en disposer comme il le souhaite (le modifier, le vendre, le donner, le détruire).

Le brevet repose sur un principe simple : accorder aux entrepreneur-innovateur un monopole temporaire, de manière à encourager l'innovation. Le brevet permet à l’entreprise de bénéficier d’un prix supérieur à ce qu’il serait dans un marché de concurrence (rente de monopole) ce qui lui donne la possibilité de rentabiliser les coûts de son investissement en recherche-développement. 

Donc, les sources de la croissance sont les facteurs de production, le progrès technique. Mais on a vu que pour avoir du PT, il faut que l’Etat interviennent dans l’économie.

En effet, l’Etat peut financer le système éducatif. Il peut subventionner les E à réaliser des I en R&D ou même financer un secteur public de la recherche. Il peut aussi construire des infrastructures publiques et des institutions chargées de les gérer et de les entretenir.

Bref, les institutions sont sources de croissance.

2.4 L’innovation est un processus de destruction créatrice

Destruction créatrice : Selon Schumpeter, processus « qui révolutionne incessamment de l'intérieur la structure économique, lorsque des innovations détruisent continuellement des activités qui vieillissent   pour permettre de dégager les investissements et la main d’œuvre nécessaires à la création des nouvelles activités. 

Dans une première phase, l’entrepreneur innovateur, qui prend le risque d’investir dans une idée nouvelle bénéficie d’une rente de monopole. Mais l’entrepreneur est très vite copié par de nouveaux concurrents, qui, de fait, mettent fin à son monopole. On entre alors dans une seconde phase, , l’innovation se diffuse, les prix baissent et les profits diminuent. Surviennent les premières fermetures d’usines, le chômage…

On entre dans une phase de croissance moins rapide.

Pour Schumpeter, les innovations ont un effet d’entraînement sur d’autres activités, elles surviennent par grappes d’innovation. On peut alors expliquer l’apparition de « révolutions industrielles », qui vont permettre une longue période de croissance économique. 

Toutefois, l’innovation est source de destruction créatrice. La création d’innovation stimule la production et l’emploi dans un secteur, mais ce secteur se substitue à un autre secteur porté par une ancienne innovation qui a tendance à disparaître.


 

Cette alternance d’une phase de croissance rapide et d’une phase de croissance moins rapide correspond à cycle économique de long terme (cycle de Kondratiev).

3. Le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus

3.1 Les effets du progrès technique sur la quantité d’emplois

On peut retenir que le progrès technique ne détruit pas des emplois et en particulier les moins qualifiés, c’est un lieu commun. En fait, la relation PT/emploi et complexe. 

1) Parce que le PT ne peut remplacer les métiers non routiniers et de contacts. Il s’agit de métiers moins bien payés et dont la qualification est peu reconnue. 

2) Les emplois de qualification intermédiaire caractérisés par des tâches routinières vont disparaître peu à peu (guichetier de banque, opérateur de production, contrôleur de qualité) 

3) Le PT favorise la création d’emplois qualifiés impliquant des tâches complexes et nécessitant l’utilisation des TIC. Ces emplois sont valorisés par la société. 

Les innovations de procédé et organisationnelles ont plutôt tendance à détruire des emplois car elles entraînent une hausse de la productivité. Ceci est vrai surtout lorsque les facteurs de production sont substituables. Les innovations de produit nécessitent souvent un investissement en capital humain : elles sont plutôt créatrices d’emplois qualifiés. 

3.2 Les effets du progrès technique sur les salaires

Lorsque l’offre de travail est supérieure à la demande de travail les salaires baissent, lorsque l’offre de travail est inférieure à la demande de travail les salaires augmentent.

L’effet du progrès technique sur les salaires est donc contradictoire :

-dans les secteurs où la main d’œuvre qualifiée est rare et où les entreprises recherchent des travailleurs, les salaires vont avoir tendance à augmenter

-dans les secteurs où il y a beaucoup de gens qualifiés, les diplômes sont dévalorisés et si la demande de travail est faible, les salaires vont baisser

CONCLUSION : le progrès technique va entraîner des inégalités de revenus car

-pour les salariés les moins qualifiés, les emplois vont plutôt être détruits et/ou les salaires vont baisser

-pour les salariés les plus qualifiés, il y aura une forte demande de travail qui va exercer une pression à la hausse des salaires. Or, il s’agit déjà le plus souvent de personnes situées en haut de l’échelle sociale.

4. Une croissance économique soutenable se heurte à des limites écologiques

Croissance économique soutenable / durable : La croissance est dite soutenable (ou durable) si elle répond aux besoins des générations présentes sans compromettre les possibilités des générations futures de subvenir aux leurs.

Selon les défenseurs de l’hypothèse d’une soutenabilité faible, la dégradation du capital naturel peut être compensée par l’investissement dans d’autres formes de capital, capital humain, capital public et capital technique. Le progrès technique peut donc être une solution pour dépasser les limites écologiques de la croissance

Selon les défenseurs de l’hypothèse d’une soutenabilité forte, le capital naturel est irremplaçable et les activités humaines doivent être raisonnables afin de le préserver.

  1. Epuisement des ressources, pollution et réchauffement climatique

-L’épuisement des ressources

La croissance économique est responsable de l’épuisement du stock de capital naturel. La croissance économique a des effets néfastes sur le stock de capital naturel ce qui remet en cause le caractère durable du développement puisque les générations futures ne bénéficient pas d’un stock au moins équivalent au stock actuel.

Une partie des ressources qui composent le stock de capital naturel ne sont pas renouvelables et l’activité économique nécessite une utilisation de ces ressources à un rythme qui conduira à moyen terme à leur disparition. C’est le cas des ressources énergétiques telles que le gaz ou le pétrole.

D’autres ressources naturelles sont renouvelables mais le rythme de la croissance économique entraîne un prélèvement trop important pour assurer leur régénération. Il en est ainsi pour les ressources halieutiques ou encore du stock d’eau douce qui devient une ressource rare.

 L’empreinte écologique de l’activité humaine est supérieure à la capacité de régénération de la Terre. 

C’est la superficie de terre et marine nécessaire pour fournir à un individu les ressources dont il a besoin et absorber ses déchets.

Le rythme d’exploitation des ressources même renouvelables est trop important pour assurer une pérennité du stock de capital naturel, en 2007 la capacité de la Terre à se régénérer était évalué à 11.9 milliards d’hectare global alors que l’empreinte écologique de l’activité humaine (surface productive, nécessaire à une population pour fournir et renouveler les ressources naturelles prélevées pour la production, la consommation et l’absorption des déchets) s’élevait à 18 milliards d’hectare global.

Il y a donc surutilisation du capital naturel ce qui met en péril le stock de ce dernier et remet en cause la capacité des générations futures de répondre à leurs besoins. La recherche de la croissance économique ne permet donc pas actuellement d’être dans une dynamique de développement durable du fait des limites écologiques de l’activité économique. Ceci est dû au fait que les biens environnementaux sont des biens communs.

Biens communs : Biens dont on ne peut empêcher un « passager clandestin » de l’utiliser (non excluabilité), mais dont la consommation par une personne, diminue les quantités ou la qualité disponibles pour les autres (rivalité). Ex : les ressources de la mer.

-la pollution

La croissance économique de par la pollution qu’elle génère au travers de l’activité économique, conduit à une dégradation de la qualité du stock de capital naturel. 

Il y a la pollution de l’air :

On peut mettre en évidence une corrélation positive entre le niveau du PIB/hab et le niveau d’émission de CO2, les Etats-Unis ont un niveau d’émission de C02 par habitant 7 fois plus élevé que l’Inde. Or, à des niveaux trop importants les gaz à effets de serre conduisent à des dérèglements climatiques. Ainsi l’augmentation importante des émissions de CO2 qui entraînent un fort accroissement des gaz à effet de serre a des conséquences sur la qualité du climat que l’on laissera aux générations futures.

Mais il y a aussi d’autres types de pollution qui dégradent le capital naturel : pollution du plastique, des pesticides, des déchets nucléaires,…

La pollution est une externalité négative.

Externalité négative : Conséquence néfaste que l’activité d’un agent économique a sur un autre agent sans qu’il y est eu de transaction entre eux donc sans que le premier ne verse de compensation au second en dédommagement.

La croissance économique conduit donc à une pollution du capital naturel ce qui conduit à une dégradation de sa qualité pour les générations futures.

-le réchauffement climatique

La croissance économique accentue la pollution de l’air qui entraîne un réchauffement climatique. Cela est dû au développement des activités industrielles, des transports routiers, aux centrales électriques.

Ces dégradations environnementales remettent en cause à leur tour notre modèle économique et les possibilités de croissance durable.

Il faudrait changer nos modes de production et de consommation pour que la croissance soit soutenable.

Le PT peut-il être une solution ?

  1. L’innovation peut aider à reculer ces limites

Dans une logique de soutenabilité faible, l’innovation peut pallier à la dégradation du capital naturel en recherchant des nouveaux produits ou des nouveaux procédés de fabrication.

-Les innovations peuvent permettre de limiter la consommation de ressources naturelles soit par des innovations de procédé telles que le recyclage ou l’utilisation d’énergies renouvelables, soit par des innovations de produit avec la production de biens durables ou de produits de substitution ‘au plastique par exemple)

-l’innovation peut permettre de limiter la pollution en recherchant des procédés de fabrication moins polluants ou en recherchant de biens de substitution (la voiture électrique par exemple)

-La croissance économique peut permettre des changements technologiques qui conduisent à une augmentation de la productivité du capital physique ou du travail ce qui sous-entend la capacité de produire autant avec une moins grande quantité de facteurs et vient contrebalancer la dégradation du stock de capital naturel.

Conclusion

Dans une logique de soutenabilité forte, on peut craindre que ces innovations n’évitent pas la dégradation irrémédiable du capital naturel. De plus, certaines innovations peuvent à leur tour engendrer d’autres dégradations environnementales (par exemple, le recyclage des batteries des voitures électriques).