Chapitre 2 : Quels sont les fondements du commerce international et de l’internationalisation de la production ?

8 janvier 2021
in Science économique
Terminale
  • Comprendre le rôle des dotations factorielles et technologiques (avantages comparatifs) dans les échanges commerciaux et la spécialisation internationale.
  • Comprendre le commerce entre pays comparables (différenciation des produits, qualité des produits, et fragmentation de la chaîne de valeur).
  • Comprendre que la productivité des firmes sous-tend la compétitivité d’un pays, c’est-à-dire son aptitude à exporter.
  • Comprendre l’internationalisation de la chaîne de valeur et savoir l’illustrer.
  • Comprendre les effets induits par le commerce international : gains moyens en termes de baisse de prix, réduction des inégalités entre pays, accroissement des inégalités de revenus au sein de chaque pays ; 
  • Comprendre les termes du débat entre libre-échange et protectionnisme.

INTRODUCTION

Commerce international : ensemble des échanges de biens et services entre pays.

Internationalisation de la production : processus de développement de la production de biens et services des firmes dans des pays autres que leur pays d’implantation initiale.

En additionnant les exportations de tous les pays on mesure le commerce mondial (qui a été x10 depuis 1970, alors que le PIB mondial lui x4). Les exportations augmentent donc plus vite que le PIB, ce qui veut dire que l’on échange plusieurs fois un bien produit une fois. 

Cela est permis par la baisse des coûts de transport (donc le progrès technique dans le secteur des transports) et la baisse des tarifs douaniers. 

Cette internationalisation du commerce et de la production nous rend particulièrement dépendant de productions réalisées à l’étranger. Les problèmes d’approvisionnement en masques, en principes actifs de médicaments et autres appareils respiratoires lors de crise du covid-19 en témoignent !

1. Quels sont les fondements du commerce international ?

Le but de cette partie est d’expliquer pourquoi les pays commercent entre eux, plutôt que de produire tous les B&S dont ils ont besoin. On va commencer par expliquer le commerce de produits différents (le commerce interbranche) avant d’aborder le commerce de produits comparables (commerce intra-branche).

1.1 Le rôle des dotations factorielles et technologiques dans les échanges commerciaux et la spécialisation internationale : l’échange international de produits différents

Il s’agit d’expliquer la spécialisation économique d’un pays : elle désigne le choix d’un pays de choisir de produire tels produits et de ne pas produire d’autres biens et services. 

Spécialisation internationale : fait pour les pays de se consacrer à la production d'un éventail plus restreint de biens et de services que la gamme de biens et de services qu’il utilise.

-Pour expliquer la spécialisation et la division internationale du travail, D. Ricardo, économiste anglais du 19ème siècle, élabore la théorie de l’avantage comparatif.

Selon D.Ricardo, les pays se spécialisent dans les productions où ils sont relativement le plus efficaces ou les moins inefficaces, c’est-à-dire là où ils ont un avantage comparatif.

Avantages comparatifs : L’avantage comparatif est un critère de spécialisation qui conduit un pays à se spécialiser dans les secteurs où l’écart de productivité est le plus grand ou à se spécialiser dans les secteurs où l’écart de productivité est le plus petit par rapport aux autres pays, c’est-à-dire là où ils ont une productivité relative supérieure à celle d’autres pays.

-Les pays se spécialisent aussi là où ils sont le mieux dotés en facteurs de production (travail et capital) : selon leur dotation factorielle

Dotations factorielles : Ensemble des facteurs de production dont dispose un pays (travail qualifié ou non qualifié, capital physique ou technologique)

Ainsi, les pays les mieux dotés en facteur travail auraient intérêt à se spécialiser dans la fabrication de produits intensifs en main d'œuvre, tandis que ceux qui sont mieux dotés en capital ont intérêt à se spécialiser dans les produits à forte intensité capitalistique.

Conclusion :

Avec la théorie de l’avantage comparatif de Ricardo, la spécialisation des pays repose sur les écarts de productivité, avec la théorie des dotations factorielles, les pays exportent les produits selon leurs dotations en facteur de production ou dotations factorielles.

La spécialisation conduit les pays du monde entier à se répartir la production de biens et services (on parle de division internationale du travail (DIT).

1.2 L'échange international entre pays comparables

Les pays comparables sont les pays qui ont le même niveau de développement et qui exportent des biens comparables, c’est-à-dire dont les exportations consistent essentiellement en du commerce intra branche.

Le commerce interbranche correspond à un commerce de produits de branches d’activités différentes ; le commerce intra-branche renvoie au commerce entre produits d’une même branche d’activité.

Ce qui explique le commerce intra-branche ;

Les entreprises des différents pays se font concurrence. Cette concurrence peut consister à différencier le produit de façon à obtenir une position de monopole. Cela est possible par deux moyens :

En recourant à l’innovation de produit et donc en proposant des gammes de produits de qualité et donc de prix différents :  stratégie de différenciation verticale (par exemple, les différents standards de chambre d’hôtel ou les différentes gammes d’un même modèle de voiture)

En recourant à des dépenses de publicité et de marketing pour différencier les produits aux yeux des consommateurs : stratégie de différenciation horizontale. (variété différente : couleur, design, goût…) 

  • Ce qui explique alors le commerce intra branche est le fait que les entreprises font chercher à différencier leurs produits (par la qualité ou par d’autres caractéristiques) dans le but d’augmenter leur offre, donc la consommation donc la production pour augmenter leur bénéfice. Cette stratégie entraîne souvent une position de monopole de l’entreprise qui va ainsi pouvoir vendre son produit plus cher (exemple : les glaces Ben and Jerry’s)
  • le développement du commerce intra-branche s’explique aussi par la fragmentation de la chaîne de valeur

Fragmentation de la chaîne de valeur : c’est le fait que les entreprises fabriquent chaque segment de leur produit (de la conception à la commercialisation) séparément et dans différents pays pour tirer des avantages comparatifs et ainsi baisser leurs coûts de production (voir 2.2)

Du coup, les biens s’échangent plus vite qu’ils ne sont produits et cela explique que les pays échangent des biens similaires.

2. Quels sont les facteurs qui sont à l’origine de l’internationalisation de la production ?

2.1 Les liens entre productivité des entreprises et compétitivité des pays

La productivité mesure l’efficacité de la production

Compétitivité : Pour un pays, la compétitivité est sa capacité à exporter. Pour une entreprise, la compétitivité est la capacité à faire face à la concurrence en gagnant des parts de marché.

L’entreprise peut améliorer sa compétitivité :

  • soit par des prix plus bas que ses concurrents (compétitivité-prix). Pour cela, elle va chercher à baisser ses coûts de production. Si la PGF augmente, cela peut signifier que la production se fait avec des facteurs de production moins chers. La hausse de la productivité permet ainsi aux entreprises d’avoir des coûts de production plus bas et donc de vendre moins chers ses produits, ce qui augmente sa compétitivité-prix. Cela explique que dans les pays qui ont de faibles coûts de production (et en particulier un faible coût du travail) , qui sont plutôt des pays en développement, viennent s’installer des FMN en recherchent d’une meilleure compétitivité-prix (par exemple, les entreprises de textile au Bengladesh)
  • soit par d’autres facteurs que les prix (compétitivité hors-prix) : qualité supérieure du produit, meilleure image de marque, fourniture d’un service après-vente, etc.. Ici, c’est la productivité en valeur des entreprises qui peut augmenter parce qu’elles vont vendre des biens à plus forte valeur ajoutée grâce à des travailleurs plus qualifiés et des machines plus performantes. Les FMN qui recherchent une compétitivité hors-prix (par exemple, celles qui veulent produire des biens de qualité ou des biens à fort contenu technologique) vont alors plutôt s’installer dans les pays développés où il y a de bonnes infrastructures.

2.2 L’internationalisation de la chaîne de valeur accroît les échanges internationaux

Les FMN sont des entreprises qui ont au moins une unité de production ou de vente (filiale) à l’étranger.

 Ces FMN sont créées lorsqu’une entreprise réalise un investissement productif à l’étranger = IDE. L’IDE peut consister à créer une usine de toute pièce, à en acheter une existante totalement ou partiellement (prise de participation). 

Cet IDE peut alors donner lieu à 2 types de filiales :

Une filiale atelier = si la filiale est une unité de production 

Une filiale relais = si la filiale est une unité de commercialisation ouvrant l’accès à de nouveaux débouchés ( on se rapproche des clients/de la demande) 

Cela a une conséquence sur la nature du commerce international, c’est l’internationalisation de la chaîne de valeur ou fragmentation internationale de la chaîne de valeur : fait que les différentes étapes de la production d’un produit (conception, approvisionnement, fabrication, commercialisation) soient réalisées dans plusieurs pays :

-La firme peut chercher à réduire ses coûts de production (logique de compétitivité-prix) Dans ce cas, elle va souvent localisée une partie de la production dans un pays émergent 

-La firme peut chercher à augmenter sa compétitivité hors-prix. Dans ce cas, elle va plutôt localiser son segment de production dans un pays où la main-d’œuvre est qualifiée, où il y a un potentiel de R&D et d’éducation, des infrastructures de qualité, … (pays développés)

Une FMN va d’ailleurs combiner les 2 logiques. La conséquence est que le commerce international constitue un commerce de biens intermédiaires (composants) à l’intérieur d’une même firme, assemblés dans un pays, pour donner le produit final, lequel sera commercialisé dans le monde entier = commerce intra firme.

Par exemple Apple, comme ses concurrents, a mis en place pour son iPhone une véritable fragmentation de la chaîne de valeur à l’échelle mondiale. Les tâches à faible valeur ajoutée mais intenses en travail peu qualifié, comme l’assemblage des smartphones, sont effectués dans des « pays low cost » comme la Chine ou l’Inde. Les composants à fort contenu technologique viennent de différents pays développés, comme le Japon ou la Corée du Sud. Pour ce qui est de la R&D, du design et des tâches immatérielles à forte valeur ajoutée, elles sont localisées aux USA. 

Conclusion : Aujourd’hui, les diverses tâches de la production sont décomposées (conception, production des composants, assemblage, commercialisation), puis réparties dans un grand nombre de pays. La fragmentation de la chaîne de valeur est faite selon une logique de compétitivité-prix et selon une logique de compétitivité hors-prix

Remarques :

Cette stratégie de localisation de la production des FMN ne doit pas être confondue avec la stratégie de délocalisation. Cette dernière implique certes la création d’une usine à l’étranger, mais la combine avec la fermeture d’une usine et l’exportation des produits fabriqués dans le pays où l’usine a été fermée. Les délocalisations surviennent lorsque les firmes (sous la pression des actionnaires) ferment des usines rentables dans le but d’accroître les profits de l’entreprise.

Elle ne doit pas non plus être confondue avec la stratégie d’externalisation qui consiste pour une entreprise à sous-traiter une partie ou la totalité d’un produit (bien intermédiaire ou alors le bien final) à une autre entreprise.

3. Quels sont les effets du commerce international ?

3.1 Les effets du commerce international sur les consommateurs et les producteurs

a) Les effets sur les consommateurs

Les effets positifs :

Avec la spécialisation internationale selon les avantages comparatifs, les coûts de production des entreprises diminuent ce qui peut se traduire par une baisse des prix de vente des produits et/ou par une hausse des salaires, c’est-à-dire un gain de pouvoir d’achat des consommateurs.

Les stratégies de différenciation des FMN vont permettre aux consommateurs d’avoir accès à une plus grande diversité de biens et services.

Les effets négatifs :

La recherche d’une meilleure-compétitivité -prix des entreprises entraîne une pression à la baisse (ou à la non augmentation des salaires) : ce qu’on appelle le dumping salarial.

La recherche permanente des coûts de production les plus bas peut aussi se traduire par une baisse de la qualité des produits proposés.

La spécialisation internationale entraîne dans certains pays la disparition de pans entiers de secteurs d’activité ce qui va se traduire par des destructions d’emplois et une hausse du chômage.

b) Les effets sur les producteurs

Les effets positifs

En se spécialisant, les producteurs acquièrent une expertise qui leur permet d’accroître encore leurs gains de productivité.

L’augmentation de la taille des marchés permet aux entreprises de faire des économies d’échelle (quand les quantités produites augmentent le cout de production unitaire diminue) ce qui leur permet de baisser encore leur prix de vente et d’augmenter leur compétitivité.

La concurrence internationale incite les entreprises à innover pour pouvoir aussi augmenter leur compétitivité hors-prix.

Les effets négatifs :

La recherche permanente du prix de vente le plus bas risque de conduire certaines entreprises à limiter au maximum leurs bénéfices ce qui à terme peut générer des risques de faillite et menacer leurs capacités d’investissement.

3.2 Les effets du CI sur les inégalités

  • Les inégalités à l’intérieur des pays se mesurent par les écarts de revenus entre les ménages résidents

Dans les PDEM (pays développés), les inégalités se sont creusés sous l’effet de deux mécanismes : d’un côté la mondialisation renforce les FMN qui sont des sociétés cotées en bourse distribuant des dividendes à leurs actionnaires. La hausse des dividendes a permis l’enrichissement des plus riches. De l’autre côté, en détruisant des emplois peu qualifiés et en exerçant une pression à la baisse des salaires, l’internationalisation appauvrit la partie la plus défavorisée de la population des pays développés.

Dans les PED (pays en développement), la mondialisation permet l’enrichissement de la classe moyenne (surtout dans les pays émergents) car en engendrant de la croissance économique, elle a permis des créations d’emplois et une augmentation des salaires. Cependant, les inégalités se creusent entre ceux qui bénéficient de la mondialisation parce qu’ils travaillent dans une FMN ou dans le secteur formel et ceux qui travaillent dans le secteur informel.

=> les inégalités à l’intérieur des pays ont augmenté.

  • Les inégalités entre pays se mesurent par les écarts de niveau de vie moyen entre pays.

Avec la mondialisation, les inégalités entre pays se sont réduites car elle a permis la croissance et le développement des PED qui ont bénéficié d’une forte augmentation de leur niveau de vie moyen. Ceci est surtout vrai pour les pays émergents. En effet, certains pays, notamment en Afrique, se sont retrouvés exclus  de l’internationalisation de la production.

4. Le débat entre libre-échange et protectionnisme

4.1 Avantages et inconvénients du libre-échange

Libre-échange : système de commerce international reposant sur l'absence de barrières douanières à la circulation des biens et des services entre les pays. Les barrières douanières peuvent être tarifaires (taxes) ou non tarifaires (normes, quotas)

Les effets positifs de la mondialisation pour les consommateurs et les producteurs correspondent aux avantages du libre-échange (gains de productivité, croissance, gain de pouvoir d’achat, plus grandes variétés de produit).

Les effets négatifs du commerce international correspondent aux inconvénients du libre-échange pour les consommateurs et les producteurs.

A cela, il faut rajouter les inconvénients pour les états :

  • la concurrence internationale incite les états à limiter la fiscalité (dumping fiscal) ce qui restreint leurs recettes fiscales et leur autonomie politique
  • Beaucoup de pays, en particulier les PED sont aussi tentés de limiter leur réglementation sociale et environnementale pour attirer les FMN : dumping social et environnemental

4.2 Avantages et inconvénients du protectionnisme

Protectionnisme : Ensemble des mesures visant à protéger un pays de la concurrence étrangère, soit par des barrières tarifaires (droits de douane) soit par des barrières non-tarifaires (quotas, normes sanitaires ou techniques)

L’idée ici est de ne pas nécessairement remettre en question le commerce international, mais de protéger l’économie nationale contre les effets négatifs du libre-échange, donc de la mondialisation. 

On peut justifier le protectionnisme ;

  • pour protéger les industries naissantes, (F. List).
  • pour protéger une industrie vieillissante (M.Allais), le temps qu’elle s’adapte à la concurrence.
  • pour protéger un secteur d’activité stratégique ; l’armement, la culture, les médicaments

Le protectionnisme peut consister à taxer les produits importés ce qui augmente leur coût et favorise les produits nationaux, le problème est que les entreprises voient aussi leurs coûts augmenter et augmentent les prix de sortent que les prix des biens importés augmentent, mais aussi les prix des productions nationales. 

Les pays peuvent mettre en place des barrières non tarifaires, comme les quotas d’importations, les normes sanitaires (interdisant l’entrée de produit pour des raisons de santé, ex. OGM) ou normes technique (normes EU).

Les politiques protectionnistes s’exposent à des représailles.  En effet, la mise en place de barrières douanières peut entraîner une réponse équivalente de l’autre pays : par exemple, si la France met des barrières à l’entrée de produits chinois, la Chine peut faire de même pour l’entrée de produits français sur son territoire. Or, le marché chinois représente un nombre beaucoup plus grand de consommateurs potentiels pour les entreprises françaises que le marché français.